TEMOIGNAGE
Comme vous le savez à travers le récit de mon périple vers COMPOSTELLE je me suis astreint à un régime
alimentaire ,obligé par le diabète, qui ne me posa aucun problème; l'appréhension portait, chaque matin, sur les possibilités de gîtes offertes aux Pélerins qui, en fin de
journée, fatigués, pour certains souffrant d'ampoules ou de tendinites, souvent transis de froid, les vètements traversés par les pluies, ou encore deshydratés,
anéantis par les fortes chaleurs, ne trouvaient aucune place , désorientés, leurs yeux exprimant un tel désarroi qu'il devenait vraiment difficile de leur annoncer que le gîte était complet-
( les gîtes sont souvent réservés par des comités d'entreprise, des associations de randonneurs,... jusqu'à un an à l'avance... ) - Le Pèlerinage vers COMPOSTELLE est malheureusement devenu une
affaire commerciale, à l'esprit fortement mercantile . Heureusement: L'accueil souriant, discret, attentif à satisfaire les besoins du pèlerin, m'a quelques fois réchauffé le coeur
et le corps.
Ces accueils qui pratiquent l'HOSPITALITE sont malheureusement trop peu nombreux; personnellement j'ai pu l'apprécier chez Jean-marc de ST PRIVAS D'ALLIER, au Couvent de SAINT CÔME D'OLT ( ancien nom du LOT) dirigé par Soeur Marie-Andrée ( au coeur gros ...comme ça !! ), à ESTAING, dans la communauté catholique créée par Léonard et Elisabeth et leurs cinq enfants - ( mon témoignage porte sur ce gîte qui accueille tous les pélerins de quelque confession que ce soit , ou tout simplement athées ). A l'Abbaye de Sainte Foi de CONQUES, au présbytére de LECTOURE, au gîte "le Figuier" de LAUZERTE .
{ Je passerai sous silence mes observations et mon expérience de trois jours ( je devais
y servir quinze jours, tout de suite aprés ESTAING ) au Centre international d'accueil des pélerins de MOISSAC, installé dans un ancien Carmel.
Lors de ma progression, l'an passé, ils m'avaient accueilli d'excellente façon, mais, les orientations et les conditions d'exploitation actuelles ne correspondent pas du
tout à l'idée que je me fais d'un Hospitalier - le bénévolat qui y est pratiqué ressemble beaucoup à un emploi camouflé, non rémunéré, ce que je ne pouvais pas
accepter! }
Hospitalité: n;f. Le fait de recevoir quelqu'un sous son toît , de le loger
gratuitement - Action de recevoir chez soit avec bonne grâce.
(extrait du Micro ROBERT).
ECRIT d'ALAIN de LILLE ( + 1202
):
* "O Homme, le Christ dans ses membres crie à ta porte, demande l'hospitalité.
Accueille le pèlerin sur terre, pour qu'il te reçoive dans la joie de la Patrie
* Si tu te sais étranger et pèlerin en ce siècle, si tu te reconnais en état de pérégrinant,
tu ne refuseras pas ton toit à celui qui passe.
Si tu exclus le pauvre du Christ, de ta maison, tu exclus le Christ lui même de l'hospitalité de ton coeur.
* Que ton hospitalité soit joyeuse, serviable, large et humble.
* Recevons donc dans le voyageur Celui qui pour nous pérégrina du Ciel sur la Terre
Qui pour nous quitta sa maison paternelle et sortit, mendiant, sur nos chemins terrestres.
* Heureuse hospitalité que celle qui est offerte au Christ en la personne du pauvre!
Heureux lit dans lequel repose le Christ dans un corps d'homme!
Heureux la table à laquelle Dieu s'assied en la personne d'un homme!
L'HOSPITALITE SAINT-JACQUES
L'arrivée à ESTAING m'a immédiatement renvoyé à mon passage, l'an dernier; halte obligée par la découverte d'une biche bléssée, allongée dans un fourré , se laissant carresser mais poussant
un énorme cri de frayeur, raugue, rappelant le brâme du cerf.
Qu'est elle devenue ? qu'en a fait le garde-chasse que j'avais prévenu ? .
La vision du village ( 450 âmes en hiver, et plus ou moins 850 en été, hormis , bien sûr les pèlerins et les touristes, trés nombreux ) à la sortie du bois fait penser à un lever de rideaux sur
un décor de pièce de théatre.
ESTAING
Enchassée entre trois collines, telle une pierre précieuse, au
confluent du LOT et de la CAUSSANE, ESTAING bénéficie d'un micro climat qui lui garantit des hivers relativement doux.
Le Château, actuelle propriété du Président Giscard d'Estaing, dont le nom n'a aucune relation avec la famille d'Estaing (décimée à la révolution), accueille depuis le 3 juin 2007 un musée
portant sur trois thèmes exposés dans trois salles : les meubles anciens de la région , les documents relatant la construction de l'Europe, et enfin les présents offerts par
les Dirigeants des pays visités durant sa Présidence de la France. Il est aussi question d'y ouvrir un accueil Pèlerins.
Le village a tenu à conserver l'architecture du Moyen-âge, avec ses murs à colombages montés de pierres en lames, de couleur anthracite, teintées de nuances rouges dues à la présence de fer,
et ses toits de " lauzes" qui brillent à éblouir lorsqu'aprés la pluie le soleil les darde de ses rayons.
La rue principale traversée à vive allure par de lourds camions venant d'une
carrière proche ...
Porte de l'ancien Collège
Une de ses fenètres
Passerelle de pierre
(vue depuis la
Communauté)
L'HOSPITALITE SAINT-JACQUES, située au coeur du vllage , dans une ruelle trés calme (rue du Collège), à quelques cent pas derrière l'église, et à peu près cinquante de la mairie, est une trés grande demeure bourgeoise de l'an
1774, léguée à l'Episcopat par ses propriétaires. D'abord établissement scolaire, elle est occupée et entretenue depuis une quinzaine d'années par une Communauté
catholique qui se donne totalement à l'accueil des Pélerins.
L'HOSPITALITE SAINT-JACQUES appelée aussi " Maison Saint Fleuret"
La Communauté est animée par ses créateurs ,Elisabeth et Léonard (
mariés, six enfants, dont deux , Emmanuel et Jacques, animent les couloirs de leur jeunesse ), leur beau-frère (dcd), Vincent, présent depuis cinq ans, permanent de la
Communauté, renouvelle chaque année sa promesse de servir la Communauté en accueillant les Pèlerins, participe activement aux moments de prières, à l'entretien des jardins ( où poussent de
magnifiques légumes BIO servant pour les grandes soupes entièrement préparées dans la cuisine des Hôtes ), il a aussi en charge l'élevage des poules, canards et lapins ( qu'il
affectionne tout particulièrement - précisant que jamais il n'en mangerait ) .
Léonard 
Elisabeth
Vincent
Il ne faut pas oublier Florent (qui occupe une chambre dans la Communauté, lorsque ses études au grand séminaire lui autorisent un peu de temps libre )
qui, lorsqu'il est présent,aide aussi aux différents travaux -
Lorsqu'il sera ordonné prètre, il se vouera exclusivement aux Pèlerins tout au long du Chemin... Il y a aussi Marc et François, trés disponibles, rayonnant de
gentillesse, qui, dés la fin de leur travail dans des entreprises locales viennent eux aussi aider et participer aux prières.
Marc aux
fourneaux
Martine " Hospitalière " prépare
la salade du jardin
La Communauté est renforcée par deux Hospitaliers bénévoles, qui, durant les pèriodes de grandes " transumances", aident, durant 15
jours la Communauté. ...
(( que les pèlerins veuillent bien excuser cette comparaison
pas trés heureuse, je le conçois, mais nous sommes prés de l'AUBRAC et la transumance est fétée chaque année autour du 26 mai; elle pose d'ailleurs de gros problèmes de logement pour
les pèlerins car TOUT EST RESERVE, un an à l'avance, par les touristes qui viennent admirer ce spectacle bucolique -
ANECDOTE: lors de mon aide bénévole au sein de la Communauté (du 19/05/07 au 02/06/07) nous avons accueilli un LETONIEN ( sur les
chemins depuis son pays ) qui a dû faire 60kms dans la journée car tout était complet -
"Aide ton
prochain !!! " : Personne ne s'est proposé pour l'accueillir , c'est tout simplement HONTEUX !!!
Seule
l'HOSPITALITE SAINT-JACQUES a tout fait pour lui assurer "gîte et couvert" )),
Notre ami pélerin Létonien, entre Elisabeth et Léonard
J'ai rencontré deux types
d'hospitaliers:
J'ai fait la connaissance du premier dés la fin de la première étape, à SAINT PRIVAS d'ALLIER. J'arrivais dans ce petit village; immédiatement mon
attention est attirée par cet éperon rocheux dominé d'une église fortifiée. Presqu'immédiatement , je croise un homme, souriant, qui se dirigeait vers une petite épicerie de dépannage - " Excusez
moi, Monsieur, savez-vous où je pourrais trouver Jean-Marc LUCIEN ? ", - " Parfaitement ! " me répond-il, - " c'est moi ! ". ( La première personne, de ma première halte, était aussi le premier
Hospitalier dont je faisais la connaissance ! - " Il faut le faire ! diraient certains...).
La première fois est souvent la meilleure, on s'interroge, on observe; une multitude de questions vous viennent aux lèvres, mais.... il faut attendre, surtout ne pas agresser l'Hôte de toutes ces
questions qu'il doit entendre maintes fois par jour de la part des pélerins ou randonneurs....
Il me conduit à sa vaste ancienne demeure, en pleine rénovation, meublée simplement; une grande table occupe la pièce à vivre, avec sur la droite, un espace cuisine. Les deux étages sont
occupés de chambres dont certaines sont en chantier et ne peuvent être occupées.
Jean-Marc m'en propose une meublée de deux lits ( un grand et un petit ) recouverts d'énormes couettes de plumes, et, d'une armoire , le tout d'époque 1947-1950. - " Allez! soyons
égoïstes ! prenons le grand lit ! " - J'y ai passé une nuit de vrai repos, j'ai dormi comme un Loir ! . Je m'installe donc, prends une bonne douche dans la salle de bain commune qui est
aussi celle de mes hôtes, fais sécher devant un radiateur électrique le linge que je viens de laver, puis rejoins d'autres pélerins dans la salle commune.
Profitant d'un instant de tranquillité de Jena-Marc, je lui demande combien je dois pour ma demi-pension, - " Notre maison est DONATIVO ( expression que j'entendrai trés souvent sur le chemin
d'Espagne ), vous mettez dans cette boîte la somme qu'il vous plaira. Si vous êtes en difficulté, soyez mon invité ! Savoir que vous avez pu prendre un peu de repos et vous rassasier me
combleront tout autant que l'argent que vous pourrez donner ! ".
Je n'en revenais pas. C'était bien la première fois qu'un inconnu m'invitait si aimablement avec autant de simplicité , une telle spontanéïté , et dans ses yeux
pétillants, une réelle joie. J'avais vraiment la sensation que c'était lui qui m'était redevable....
Celà fait maintenant plus d'un an que nos chemins se sont croisés et j'espère faire partie de " ses Amis du Chemin". - Nous correspondons par internet
.
Le second est celui qui donne quelques instants de sa vie pour servir bénévolement les pèlerins.
J'ai fait sa connaissance dans les gîtes précédemment nommés et dans énormément d'accueils en Espagne ( ils viennent du monde entier ); j'en ai croisé un en particulier à l'accueil ( ancien
hôpital ) d'EUNATE, il était assis prés de la porte d'entrée, il lisait. Je me suis approché et ai vu qu'il m'était possible d'apposer le tampon d'EUNATE sur ma créantiale. J'en demandais
l'autorisation et ma surprise fut grande de l'entendre parler français - il venait de TOULOUSE et, seul, accueillait durant tout un mois, les pélerins, leur proposant gîte et repas ( DONATIVO).
Nous sommes bien resté une demi-heure à converser sous un soleil de plomb dont l'aggression des rayons n'avait aucun effet sur nous. Je le quittais à regret, mais mon chemin de la journée ne
s'arrétait pas à EUNATE.
Ces bénévoles je les ai cotoyés tout au long du chemin.
Définition de l'Hospitalier
à l'HOSPITALITE SAINT JACQUES:
L'hospitalier est un bénévole qui partage la vie communautaire pendant une
période de moins de deux mois, dans le but de servir les Pèlerins et la Communauté dans sa tâche pastorale.
Son engagement doit se faire dans l'esprit de l'Hospitalité St
Jacques; à se conformer à son règlement intérieur et accepter l'autorité de ses responsables.
Il accomplira toutes les tâches qui lui sont confiées afin de garantir le meilleur accueil aux pélerins.
Il bénéficiera d'un temps personnel, de la fin du "chapelet", 14h30 à 16h30, (il n'est pas obligé de participer aux différentes prières : Laudes à 07h15, chapelet à 14h00 et
complies à 21h15 ) .
Auxiliaire d'accueil, il veille à ce que rien ne manque aux pélerins et sera à l'écoute des besoins de ses frères.
Règles de vie communautaire:
* L'accueil commence par l'humble
balai et son ami la serpillère
* Il est plus important d'écouter le pélerin que de parler de soi ou de son pélerinage
* Sans prière, l'accueil n'est au mieux qu'une réception
* La plus grande discrétion est de rigeur en ce qui concerne les motivations et la vie du pèlerin avant sont départ en pélerinage
* Sans la présence d'Hospitaliers bénévoles, les permanents ne pourraient avoir de vie familiale, ni même continuer leur tâche d'accueil telle qu'elle est définie à l' Hospitalité
Saint-Jacques
QUELQUES INSTANTS DE LA VIE DE L'HOSPITALITE
Martine et Yves (hospitaliers) préparent le "farçou" 
Vincent et son poussin

Hall d'accueil
Décors peints
Jésus vous accueille en sa maison
Martine (hospitalière) accueille les pèlerins


deux pèlerines japonaises chantent des contines de leur pays
Yves, Hospitalier, de service à table
Bénédiction des pèlerins par le Pére CANTALA, à l'issue de la messe mensuelle, dans la Chapelle de l'HOSPITALITE ( le jeudi à
18H00)
La Chapelle où chaque matin une prière particulière est faite pour tous les pèlerins et particulièrement pour
ceux qui ont l'intention d'aller jusqu'à COMPOSTELLE
Saint-Jacques ( sculpté par le père de Léonard : " A chaque coup de gouje qu'il donnait, il
récitait une prière !" )
Préparatifs de départ matinal
Halte repas lors du nettoyage de 10 kms de sentiers ( sous une
pluie incessante ...), Vincent et Yves.
votre serviteur Emile et Yves ( les Hospitaliers )
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Il est venu le temps de vous dire à bientôt pour d'autres nouvelles...
Sachez que ces quinze jours passés à l'Hospitalité Saint-Jacques n'ont pas été des vacances, loin s'en faut.- il a beaucoup plu, les pèlerins étaient transits de froid "trempés jusqu'aux os !",
on mettait tout en oeuvre afin qu'ils se sentent " comme chez eux ".
L'organisation de chaque journéee était planifiée par Léonard:
- Chaque matin, 9h15, lors d'une réunion qui commençait par la prière à Saint-Joseph, l'Accueillant de la veille rendait compte de sa mission, soulignant les points et
anecdotes qui attestaient de la satisfaction des pèlerins ( celles-ci étaient appelées "merveilles" ); bien sûr, si des points négatifs étaient relevés on y remédiait
immédiatement.
Trois chantiers de responsabilité : - accueil - élaboration des repas - travaux divers et variés.
Ce fut une expérience trés enrichissante à tous points de vue, où, l'amitié, la solidarité, l'esprit d'équipe, l'écoute des autres, l'observation d'un autre mode de vie auxquel j'ai, durant une
quinzaine de jours, adhéré, m'auront permis de conforter, voire d'extérioriser des sentiments ensevelis au plus profond de mon âme.


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A BIENTOT- AMITIE -
Emile
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